mardi 27 juin 2017

L'Alsacienne 2017 : ça déboite !

Nous y voilà, la date fatidique est arrivée ! Après des semaines d'entraînement avec cet objectif en tête, l'heure est venue d'affronter l'impressionnant parcours de l'Alsacienne, version "Indomptable" : 179 km et 4500 m D+, difficile de faire plus raide en moins de 200 km dans les Vosges. J'aborde l'événement convaincu d'avoir fait ce qu'il fallait sur le vélo préalablement, malgré un mois de mai délicat au niveau de la météo, mais néanmoins habité d'une certaine appréhension quant à mes aptitudes à encaisser le défi physique, suite à ma mésaventure aux Marcaires fin mai. Certes, j'ai entretemps accompli 2 sorties plutôt musclées, dont une du même tonneau en terme de difficulté, certes j'ai retrouvé des sensations intéressantes suite (peut-être ?) à une légère modification de ma position sur le vélo, mais, incontestablement, un certain doute m'habite ... Evidemment, nous avons fait le déplacement à 2, Matthieu étant motivé pour rééditer ses exploits de 2016. Dossards, puces retirés la veille, c'est détendus que nous nous présentons sur la ligne quelques minutes avant le départ, impatients d'en découdre. Les puces se déclenchent au passage sous le portique mais l'allure est régulée jusque Wattwiller, où peuvent débuter les hostilités : il va y avoir du sport !

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Dans le village, c'est parti pour le 1er gros morceau du jour avec une petite rampe qui donne le ton d'entrée de jeu. Un effort en 2 temps avec tout d'abord l'ascension du Vieil Armand, avant d'accéder au Grand Ballon via la courte redescente au col Amic. Un peu moins de 1200 m D+ à négocier direct sans obérer le capital énergie pour la suite : ça va en calmer quelques uns ...
Sur la ligne de départ.

On se revoit cet après-midi !
Tandis que Matthieu s'est replacé rapidos en tête, je gère tranquille la montée en essayant de rester souple. Je pédale quelques km aux côtés d'un gars amputé du bras droit : toutes les commandes à gauche, impossibilité de se mettre en danseuse, il doit de plus maîtriser le vélo dans les descentes et face aux bourrasques. Je n'ai pas voulu l'assaillir de questions mais je vois mal comment il peut boire ou s'alimenter sans marquer d'arrêt ... Il a un beau coup de pédale mais je le perds de vue aux 2/3 de l'ascension. J'espère qu'il est allé au bout, en tout cas, il faut un sacré mental pour se lancer ce genre de défi : chapeau man ! 
Paradoxalement, c'est après le col Amic que j'ai l'impression de mieux monter, alors que c'est la partie la plus difficile : échauffement trop succinct ? Peut-être ... 
Matthieu avec les leaders dans le Grand Ballon.

Descente vers le col Amic.
Grand Ballon.
Après 1h24 de course, je ne regrette vraiment pas d'avoir gardé mes manchettes : 11°C au sommet du col où la grisaille est accompagnée d'un vent déjà prononcé. Comme escompté, un groupe d'une bonne 20aine d'unités se constitue, idéal pour tracer à moindre frais. Au Markstein, la 1ère des 4 parties du parcours est bouclée. J'ai déjà vidé un grand bidon et comme convenu, Marceau m'en tend un autre que j'attrape à la volée au moment d'attaquer la grande descente du Markstein vers Wildenstein, tout en avalant une 1ère barre. Ça descend vraiment plein pot jusqu'au lac (vitesse max 82 km/h) position aérodynamique, virages à la corde, relances, c'est grisant, on se prendrait presque pour des coureurs du Tour !!! Nonobstant, je ne constate aucune prise de risque inconsidéré ou de trajectoire hasardeuse, on a affaire à des coureurs confirmés ! Le suite va le démontrer car le rythme reste élevé sur la petite transition menant au pied du col de Bramont, une des rares ascensions roulantes de la journée. On monte groupés à 16-18 km/h, sans que personne n'essaie de flinguer : ça me convient, d'autant que le cardio ne bronche pas et que les jambes tournent nickel : de bon augure pour la suite !
Notre brève incursion dans le département des Vosges se conclut sur la route des Américains, avec ses 4 km à 8% où je continue à bien gérer l'effort sans griller de cartouches inutilement. 17 min plus tard, me revoilà sur la Route des Crêtes où le groupe qui s'était quelque peu effiloché se reconstitue après le Herrenberg. Le retour au Markstein va s'avérer très rapide, merci l'aspiration, avec un bon 45 km/h sur les portions "plates". Seul inconvénient, le vent vient de la droite, et pour s'en protéger, il faut se décaler à gauche du vélo précédent, ce qui conduit inéluctablement à rouler au milieu ou à gauche de la chaussée ... Le coup de cul après le col d'Hannenbrünnen passé, nous revoilà au Markstein : fin de la 2ème partie, ce n'était pas la plus difficile !
Je retrouve Marceau pour un 2nd ravitaillement. Mais passer 2 bidons, c'est plus compliqué ! J'en attrape un, mais lui impose un petit jogging pour saisir le suivant ainsi qu'une banane. Bon en fait il était déjà chaud, vu qu'il avait déjà opéré la même gymnastique avec Matthieu, une 20aine de min auparavant ! 😀😜
Ravito 2 pour Matthieu.

Dommage, tout le monde ou presque s'arrête au Markstein pour faire le plein au point névralgique de la course ! Nous ne sommes que 2 à poursuivre sans nous arrêter. Bien que quelques Harley nous gênassent momentanément dans les 1ers virages après la Lauch, nous effectuons une descente de malades sur une route qui s'y prête bien, en espérant retrouver un groupe à l'avant. C'est chose faite à Linthal après quelques relais bien sentis, mais ça valait le coup, car la portion jusque Lautenbach, ainsi que la transition via le Bannstein (une vulgaire bosse au regard du reste du programme !) jusque Osenbach au pied du Firstplan vont se faire dans un fauteuil. Mais dans cette redoutée 3ème partie, c'est ici que les choses sérieuses commencent, après 100 km, 2000 m D+ environ, et 3h37 de course (27,6 km/h). At first, le Firstplan donc 😎, que j'appréhende un peu avec ses % pas anodins dans lesquels j'ai un peu peur de laisser de la gomme. Mais heureusement, et bien qu'il soit sur le papier plus relevé que le Bramont, il va se négocier en souplesse. A ma grande surprise, 2 ou 3 gars qui m'accompagnaient depuis un moment et que je sentais plus faciles que moi vont disparaître définitivement, j'ai retrouvé l'un d'eux à 30 min dans le classement final ... Je rattrape même quelques concurrents m'ayant doublé dans le Grand Ballon et sans doute partis un peu vite ! Je me ravitaille au sommet avant d'attaquer la descente potentiellement piégeuse. Mais des voitures intercalées gênent et sont gênées, pas moyen de lâcher longtemps les freins ! Un peu rageant mais pas dramatique ...
Dommage je me retrouve seul pour rejoindre Wasserbourg, c'est donc le bon moment pour opérer un rapide arrêt vessie, avant d'attaquer le 2ème volet du triptyque : le Petit Ballon. Autant dire que c'est ici que je vais en baver le plus : je le savais, mais scrogneugneu de scrogneugneu (pour rester poli !), que cette ascension est difficile ! Une rampe à 15% pour s'extirper du village, suivie de 5 km horribles dans la forêt >10%, interminables ... Je m'arrache sur mon braquet minimal avec un certain sentiment d'inefficacité relativisé par celle des autres concurrents que je double. Malgré ce moment délicat, c'est pour moi et contre toute attente le début de la "remontada" ! A partir de là et pendant plus d'1 heure, je vais dépasser un nombre incalculable de dossards, un contingent issu en grande partie du parcours "Intrépide" (la boucle Bramont en moins, dossard bleu), parti 30 min après nous. Le passage au Ried permet de souffler temporairement avant les 3 derniers km. Comme je le craignais, on se prend le vent en pleine face et malgré les encouragements des nombreux promeneurs, le final est very hard(u). Pas de record de montée aujourd'hui, ça c'est sûr ! Sûr ? Et bien en consultant Strava, j'écarquille les yeux : 43'30 depuis le village !!! Plus qu'honorable et pas vraiment en corrélation avec mes sensations.
A la bascule, de fortes rafales balaient la route. Manchettes et barre sont de nouveau de rigueur  pour une descente prudente sur cette route irrégulière, avant d'attaquer sans transition avec le Platzer. Je l'attaque en mode moulinette, n'ayant plus trop les moyens de faire autrement, tout en alternant avec des relances en danseuse qui permettent en outre de détendre un peu les cuisses et le dos. Je continue à rattraper pas mal de monde, avec toujours des paquets en point de mire. C'est bon pour le moral, même si je sais que nous ne serons pas dans le même classement. Il y a bien quelques dossards rouges comme le mien dans le lot mais vu leur rythme, je doute qu'ils m'aient précédé jusque là : ne s'agirait-il pas plutôt de coureurs ayant préféré bifurquer directement vers le Petit Ballon, de crainte de ne pouvoir terminer le grand parcours ? La course manque un peu de lisibilité mais qu'importe, après 38 min d'efforts je vaincs enfin ce satané Platzer, qui passe finalement mieux que le Petit Ballon. Marceau et son épouse me filent un dernier bidon, puis je continue vers la Route des Crêtes qui se profile après 2 derniers coups de cul pour atteindre le Breitfist. Je suis alors rattrapé par d'anciens coéquipiers (de ceux qui s'étaient arrêtés au ravito). Un regroupement s'opère, cool, le retour pourra se faire "au chaud" !


Matt au Platzer.

Ma pomme au Platzer



Dernière barre au Breitfist.


Un peu d'histoire ...

Après environ 6h10 de selle, le gros des difficultés est derrière moi et avec un compteur qui a passé le cap des 4000 m D+, le mental est reboosté pour appréhender la 4ème et dernière partie du parcours, la plus facile sur le papier mais néanmoins parsemée d'ultimes embûches.
La plus inattendue va se situer au Markstein, où pour notre 3ème passage, des rafales de vent font tourbillonner des nuages de poussière qui viennent nous cingler le visage et font s'envoler drapeaux, chaises et divers emballages du ravito course. Pressés d'en finir, nous poursuivons notre route non sans avoir "borné" sur le tapis électronique : le prochain "bip" sera le bon !!!
A l'approche du col du Haag, le groupe se scinde en 3, les 1ers un ton au-dessus prenant le large avec un restant d'énergie supérieur, les derniers baissant pavillon, moins forts. Je suis au milieu avec 2 autres gars au moment d'arriver au pied du Grand Ballon pour l'antépénultième grimpée du jour où chacun monte avec les moyens du bord. De mon côté, je sais qu'il n'y en a pas pour très long, donc pas de panique, d'autant que je rattrape encore quelques concurrents, malgré l'apparition de crampounettes à la cuisse gauche : il est quand même temps d'arriver ! Quelques passages en danseuse, 2 ou 3 gifles et un arrosage à l'eau froide leur clouent le bec et je bascule vers le col Amic avec assez de lucidité pour aborder la longue descente convenablement. Nonobstant quelques perfides rafales de vent, cette descente est un régal, mais un peu éparpillés, elle ne peut être "ultra" rapide. Ceci dit, les passages en épingles sont un pur bonheur ...
Au col Amic, on profite de l'élan pour attaquer la courte remontée au Vieil Armand. Elle s'avère moins difficile que je ne le craignais, et l'approche de la délivrance estompe la douleur bien présente dans les cuisses avec un effet antalgique inconscient. Allez, on touche au but ! La descente à plusieurs vers Wattwiller est de nouveau très rythmée, j'en profite pour négocier les dernières épingles avec délectation car avant de pouvoir franchir la ligne, il reste un ultime obstacle à surmonter. La cerise sur le gâteau de la part des organisateurs, en forme de cadeau bonus : la montée vers le Hirtzenstein. Une vacherie en cul-de-sac d'1,2 km à 10% ou plus : de quoi se départager pour les meilleurs, le coup de grâce pour les autres. Arc-bouté sur mon Giant, je tente d'oublier la fatigue et la douleur pour en finir au plus vite. Une signalétique humoristique égaie les derniers coups de pédale : "plus que 119 999 cm", "🍺 à 200 m", ... Bien vu ! Dans les 400 derniers m, pas mal de spectateurs sont massés sur le bord de la route et leur ferveur, à défaut de donner des ailes, permet de finir dans une ambiance vraiment sympa. Une fois la ligne franchie, le folklore est total puisque dans l'euphorie je réclame et obtiens la bise d'une jolie alsacienne en tenue traditionnelle. Un joli privilège après 179 km, 4541 m D+ courus en 7h14, soit 24,8 km/h de moyenne, au cours desquels j'aurai englouti pas loin de 4,5 l de boissons, 5 barres, une banane et une compote !
Humour de rigueur au Hirtzenstein.

Au final, je me classe 95ème scratch en 7h15 sur 431 classés (624 inscrits) et 18ème sur 102 dans ma catégorie d'âge. Plutôt satisfait de ma prestation, même si quelques gains marginaux pourraient éventuellement me permettre d'améliorer mon temps : 2 roues carbone déjà, puisque ma roue arrière n'est toujours pas réparée. Les quelques watts consommés en plus par ma plus lourde roue alu de remplacement pourraient sans doute être récupérés pour grappiller quelques secondes (minutes ?) en fin de course. Peut-être prévoir quelques gels pour un coup de boost dans le Petit Ballon ou le Platzer par exemple ? Avoir 10 ans de moins ... ou s'appeler Matthieu !
En effet, mon copain a réussi une course sensationnelle en effectuant tout le parcours aux avant-postes et en se classant 7ème scratch et 3ème de caté en 6h11 (soit 28,9 km/h !!!), déposant le champion de France Rodolphe Lourd en pleine fringale dans le Platzer et améliorant son chrono 2016 de 11 min, excusez du peu. Je le savais en forme olympique, mais je dois avouer qu'il m'a épaté ! Bravo !!! Quant au vainqueur, il passe sous la barre des 6h (5h54) pour conclure à plus de 30 km/h de moyenne. Phénoménal ...
Matthieu avec le vainqueur sur le podium.

Les podium scratch et caté.

Temps de passage.
Pour terminer, à souligner l'organisation irréprochable de cette cyclo qui a tout d'une grande : forte identité, prestation haut de gamme, parcours grandiose et accueil fantastique. Sa réputation va vite en faire un rendez-vous incontournable dans la saison cyclosportive !
Cadeaux de bienvenue : que des produits locaux !
PS : un grand merci à Marceau et Bernadette pour le ravito, le soutien (la patience) et les photos !!! 👍👍👍

Le parcours :


1 commentaire:

  1. Félicitation à toi Lionel pour cette belle performance sur le grand parcours de l'Alsacienne (version "Indomptable" : 179 km et 4500 m D+).
    Pour terminer, je soulignerais l'organisation irréprochable de cette cyclosportive qui a tout d'une grande (le massif des Vosges n'a pas à rougir envers les autres massifs).

    Mat

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